Vallée bleue et lèvres violettes

Vallée bleue et lèvres violettes

C’est ma respiration que je reprends, la bouffée d’air que j’inspire quand il y a ce moment précis où je me dis que c’est ça. Celle qui part du fond de mes poumons et que j’essaie d’avaler pour me souvenir toujours de son goût. Comme pour retenir cet air précieux pour toutes les fois où j’en manque.

Ce moment où je comprends totalement la phrase profiter du moment, où je sais que si c’est pas le bonheur au moins ça y ressemble si fort. Quand il n’y a plus le gouffre qui guette. Quand je regarde autour de moi et tout est parfait. En ce moment ça arrive souvent et je me dis alors que je pourrais rester ici, pas toujours mais presque…

En haut de la montagne Bobour à Andijan, celle qui domine toute la vallée et où l’on peut venir en téléphérique de toutes les couleurs. Celle avec une grande roue et un bateau échoué en son sommet. La soirée sur les tapchan bleu ciel, le plof, les fraises et le vin qui colore les lèvres, à regarder le soleil décliner, et le ciel prendre toutes les nuances, et redescendre la montagne à la lumière de la pleine lune secouées de mille fou-rires.

Dans le village ouzbek au bord de la frontière avec le Kirghizstan, à se promener au bord de la rivière qui gronde, passer sous les vieux barbelés qui marquent encore l’ancienne frontière, et contempler la vue bouche bée. La descente du chemin sous la tonnelle, où les pierres sont explosées parce qu’on dirait que la terre à tremblé, où mille petits bouts de tissus sont accrochés pour faire les vœux.

La voiture qui fonce sur la route de la montagne et chaque virage découvre un morceau de Tadjikistan. Bientôt il y aura un train qui passera dans la rivière au fond de la gorge et j’aime penser que je reviendrai juste pour le prendre.

Les pots de miel marrons alignés au bord de la route, dans des vieux bidons de 5L d’eau.

L’effervescence du bazar d’Andijan et au loin les deux minarets qui pointent sous le soleil qui tombe. L’image parfaite capturée avec le toit du bazar vert.

Les gens qui nous apostrophent nous les seules étrangères et nos mini-guides qui nous courent autour en prenant la pose pour nos appareils toutes les 30sec. Les gens qui veulent me vendre leur viande alors que je m’enfuis vers la section des épices, des fleurs, des fruits et du kurt.

Les marchroutkas qui sillonnent les rues et te tapent trop fort la tête contre les vitres et les fesses sur les ressorts qui dépassent.

Quand on boit des bières posés en terrasse sous les arbres après une journée à donner des cours de formation, et qu’on débriefe sur tous les moments wtf qu’on a eu avec les profs. Les fous rires qui font du bien.

Quand le soleil rend le ciel rouge, orange et rose et que je me sens projeter à ce moment précis chez J&M quand le soir on mangeait dehors pendant l’été, quand j’avais 10ans et qu’après le repas on restait juste à regarder le ciel et les oiseaux. Et ils avaient dit que ce ciel là c’était celui qui promettait que demain il ferait beau. Toujours. Et j’y crois encore, même ici, même à des milliers de kilomètres parce qu’au fond c’est le même ciel, bien que mes pieds battent la poussière ouzbèke.

C’est le moment ou je suis juste Ici et Maintenant. Juste ici et maintenant et pas ailleurs.

Là d’où je suis, ici, c’est à des kilomètres au loin. Y repenser met du baume au cœur car la semaine a un peu mal commencé.

 

 

– Mai 2014 Andijan, Vallée de Fergana, Ouzbékistan (Initialement publié sur Cartographiedesnuages).

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