Lagos

Lagos

« People always feel safer with things that they are used to and confortable with instead of seeking for the heart pounding feelings and moments that take their breaths away. I never want it to be easy ; I want it to be hard to breathe and suffocating when I give something my all. I want to learn how to survive through that . »

 

 

Alors comment tu trouves Lagos ? Les yeux remplis de plus ou moins d’attente en fonction des personnes. Espoir que j’aime ou sourire d’attente dans la difficulté de vivre ici. Beaucoup fuient presque chaque week-end vers la tranquillité et le calme (supposé, réel ?) de Cotonou et sa facilité d’y vivre. De ce que les gens en disent toujours.

C’est la question qui revient sans cesse et à laquelle je ne sais jamais vraiment trop quoi répondre.

Par facilité je dis «ça va mais il fait chaud », la phrase bateau qui veut tout et rien dire, qui ne m’engage pas trop. Les gens rigolent, voient comment je transpire et me disent qu’eux aussi. Le tour est joué.

Je ne sais pas si j’aime Lagos et je ne sais pas si je n’aime pas Lagos. La question ne se pose pas vraiment comme ça. J’ai choisi de venir ici, avec pas mal d’inconscience, c’est vrai , mais aussi et sur les paroles rassurantes entendues aux entretiens.

Lagos, ce n’est pas le Nigeria. Ce n’est pas Boko Haram, ce n’est pas le nord, ce n’est pas Maiduguri ou Port Harcourt, ce n’est pas les enlèvements dont on entend parler aux JT. Je ne vis pas retranchée du monde, je suis dedans et c’est ça qui est dur.

Pour moi, ce n’est pas le genre de ville dont on tombe amoureux en un instant et pour laquelle on se dit direct ” je pourrais faire ma vie ici”. Il faut s’accrocher, il faut des efforts et je n’ai encore rien vu.

Je passe mon temps à osciller entre “c’est génial” et “je n’y arriverai jamais”.

Et puis lundi matin, dans la voiture pour aller au travail, je regardais le paysage qui défilait et j’ai trouvé ça beau. Je me suis dit c’est joli, la lumière, les arbres qui ont les branches qui filent à terre, les bougainvilliers, la lumière, le ciel presque bleu pour une fois, malgré le trafic, j’ai aimé ce que j’ai vu. Plus avec les yeux de l’étonnement et de la découverte, avec un autre regard, celui de l’habitude depuis déjà un mois, de prendre ce trajet tous les matins. C’était fugace mais c’était là, la possibilité de se sentir bien.

Quand je suis arrivée les premières choses dont on m’a parlé, ce sont toutes les limites et les interdictions que je devrai respecter : tu ne dois pas sortir seule, tu ne dois pas prendre de taxi dans la rue encore moins d’okada (taxi moto) ou autres transports collectifs (danfau, kekemaroua,etc…), tu ne dois pas marcher dans la rue surtout seule, ne fais confiance à personne, les gens ne te voient que comme un sac d’argent ou un visa sur pattes, tu ne peux pas sortir de la ville, ni aller ailleurs visiter et la liste continue, bien trop longue.

Mais alors qu’est-ce que je vais faire ? Comment je vais vivre ?

Pour couronner le tout j’arrive dans un appart qui part en morceaux, avec les murs qui tombent, l’eau qui coule rouge, tous les robinets qui fuient, une salle de bain digne de « C’est du propre » en 40 000 fois pire, une chambre qui a eu un dégât des eaux et qui n’a jamais été réparée avec un placard immonde et des étagères que j’ose à peine effleurer. Des fourmis qui règnent en maître dans le salon, des bêtes qui mangent le bois des canapés, quelques gros cafards qui traversent furtivement les pièces ou surgissent en tirant un placard, des lézards qui courent le long des murs, une porte sans poignée et des clims qui ne marchent pas partout. Super quand il fait 35° dehors et 80 % d’humidité !

Heureusement, dans mon malheur je ne suis pas seule, j’ai un coloc qui m’explique qu’à son arrivée c’était bien pire et qu’ils avaient même des rats ; je n’essaie  pas d’imaginer. Je crois que si j’avais été seule les premiers jours et les premières nuits dans cet appart, je n’aurais pas tenu.

Au boulot il faut tout découvrir, comprendre les dossiers, la situation compliquée laissée abandonnée depuis 1 an environ. Autant de défis qui m’apparaissent une montagne. Je me mets la pression seule, je veux que ça démarre vite, je ne veux pas perdre de temps, il y a tant à faire.

Ici les choses vont lentement, c’est comme ça, il faut s’y faire : tout le monde le dit et le répète, on apprend la patience.

Alors oui,  c’est difficile, je le savais, mais je ne me souviens pas que c’était si dur les 3 premières fois. Peut-être aussi parce qu’au final, j’ai la capacité de ne garder que les meilleurs moments, ceux qui te prennent dans un tourbillon, qui t’emmènent et te font battre le cœur à 100 000 et te laisse les jambes tremblantes en te disant qu’au final tu adores ça te lever le matin et ne pas savoir de quoi la journée sera faite.  C’est angoissant oui mais c’est ce qui rend l’expérience si forte à chaque fois.

 

 

Initialement publié en avril 2015, sur Cartographie des nuages

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