Jordanie #2

Jordanie #2

En quittant les châteaux Omeyyades du désert, la première route est immense et presque toute droite. Cette autoroute qui traverse le désert est quasiment toute neuve. La chaleur, le début d’après-midi et la monotonie de la route nous ferait presque piquer du nez. Du coup, la radio et les tubes Jordaniens sont un bon moyen de se tenir éveillée, surtout quand on conduit.

C’est marrant parce qu’avant de venir, on avait lu que les routes étaient mauvaises, pleines de trous et parfois dangereuses. Finalement, pour l’instant les routes sont plutôt bonnes et rien de bien différent avec le réseau routier français. A part les paysages…

Le plus compliqué, c’est la façon de conduire des Jordaniens : du grand n’importe quoi, ils roulent comme des tarés et totalement inconscients (par rapport à notre norme du code la route). Coucou les mecs qui te doublent dans un virage sans visibilité ou en bas d’une côte à fond la caisse. Je passe du coup pas mal de temps à piailler des insultes, inutiles certes, mais bon, au moins ça défoule haha…

Les deux ans d’expérience de conduite à Lagos auront été bénéfiques. Si tu peux conduire à Lagos et t’en sortir, je pense qu’après, n’importe où c’est du pipi de chat !

On arrive quand même à se perdre dans Jerash. Le GPS part en live et nous fait faire des tours en rond dans la ville. Inutile de dire que le dernier panneau marquant tout droit s’est avéré bien inutile quand il fallut choisir la direction suivante et qu’on ne pouvait pas aller tout droit. Bref, on finit par retrouver la bonne route, on aperçoit les célèbres ruines romaines, mais ça, se sera pour après-demain, nous on continue.

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 AJLOUN 

 

En montant sur Ajloun, à nouveau le doute. Est-ce que c’est la bonne route ? on ne fait que monter et on a l’impression d’être dans des quartiers résidentiels… La route poursuit et s’aplatit enfin, découvrant alors un paysage totalement différent : des collines d’oliviers à perte de vue…

La route tortille et ne fait que monter et descendre. C’est la fin de journée, les centres des petites villes traversées (pas de contournement en Jordanie) grouillent de monde, il faut slalomer entre les gens avec des charrettes, ceux qui s’arrêtent, tranquilles, n’importe où… On découvre la vie ici et c’est chouette. Difficile de savoir où donner de la tête…

On arrive finalement à Ajloun quand le soleil commence à descendre. La lumière rosit les champs d’oliviers et la vue d’en haut est à couper le souffle.

Le chemin qui mène à l’hôtel est flippant : une pente d’une raideur effrayante et à sens unique. Du genre impossible que deux voitures s’y croisent. Et alors, si tu t’arrêtes au milieu, la peur que les freins ne tiennent pas ! On se lance en croisant les doigts. Ça passe, large, ouf!

On arrive dans le hall de l’hôtel, tout est en travaux, désert. AMBIANCE poussière et abandon.

Un mec se pointe et on commence l’enregistrement. Il nous demande de payer en avance, je sors mon portefeuille, je l’ouvre, plus de carte bleue.

Alors là, je n’ai même plus de mots, mon cœur s’emballe, je dois écarquiller les yeux tout rond, j’essaye de me rappeler la dernière fois que je l’avais : soit 4 h plus tôt ou 250 kms auparavant, à une station essence. Je commence à paniquer et je déverse tout le contenu de mon sac sur le sol, paniquée, dans le hall.

Là, tous les plans les plus farfelus et improbables me passent par la tête :

– le mec de la station ne m’a pas rendu ma carte, il l’a gardée et je ne m’en suis pas rendu compte ?!       la voix du calme et de la raison très, très, très loin qui te dit que t’es juste en train de paniquer parce que c’est  IM-PO-SSIBLE).

– Alors il me l’a volée ahah!  impossible aussi !

– Je l’ai fait tombée par terre, à travers mon sac et mon porte feuille ?  une explication encore plus con c’est possible ou bien…

Tous les scénarios y passent, ça doit être les 5 minutes les plus longues et les plus stressantes depuis très longtemps.

Oui parce que jusqu’ à présent, tout se déroulait parfaitement et puis je suis un peu maudite de la carte bleue en voyage, donc voilà, ça pouvait pas durer !

Finalement, avec le cerveau qui carbure à cent à l’heure, le côté raisonnable arrive à prendre le dessus sur celui qui est parti en live depuis déjà quelques instants. Je me dis que ce n’est pas possible, que je suis quand même pas débile à ce point, elle est forcément quelque part… sauf que le contenu du sac est répandu partout au sol et qu’elle reste absolument introuvable.

Grande respiration, je reprends mon portefeuille et je le vide… et là, rangée sous une autre carte, elle est là !!!!

Après tout mon cinéma, une dizaine de “putain”, de “nooooooon”, “ma vie est foutue” (au moins), une phase de résignation,  le cœur au bord de l’explosion, je la tiens cette petite bâtarde !!!

Alors LA, le mec de l’hôtel me sort : “Ahah cool pour toi mais nous ici on prend pas la carte bleue” !   —> LOL

Les montagnes russes des émotions : bonjour !!!

Avec l’habitude, plus grand chose ne me fait vraiment stresser en voyage, mais la carte bleue c’est LE truc qui peut te sauver la vie n’importe où, c’est le seul truc qui arrive à me faire flipper de ouf. Réussi encore une fois.

 

Je crois que cette nuit là on s’en souviendra et le mec de l’hôtel est pas près de nous oublier non plus, parce que la soirée n’est pas encore finie après cette superbe scène.

 

On est les seules dans l’hôtel, qui est en travaux et qui est plutôt glauque. Merci les bons plans Booking (de merde). La première chambre qu’on nous refile a une fuite d’eau, on demande à changer ; la seconde est encore plus glauque et d’une saleté repoussante. Surement au moins un an de ménage pas fait depuis la dernière saison touristique.

La douche est juste pas possible et encore on a une très haute tolérance. (coucou les toilettes ouzbèkes au fond du jardin, enfin plutôt le trou creusé). Ça serait même possible de dire la couleur des cheveux de la personne qui est passée avant …

On mange nos tomates comme deux malheureuses assises du bout des fesses sur des chaises éventrées.

On s’endort toute habillée, la capuche serrée autour du visage, parce que, oui, aussi il fait froid pour parfaire le tableau, haha.

Au final l’avantage, c’est que le lendemain, après une toilette à la lingette, on était prête en 10 minutes chrono et à 6h30 on reprenait déjà la route en direction d’Umm Qays. Aucun confort => plus d’efficacité.

 

 UMM QAYS 

 

Le programme de la journée est super chargé aka “quand tu veux tout voir et que t’as que 10 jours”.

La journée commence donc sur les chapeaux de roues. Le GPS dit qu’il faut 4 h pour rejoindre Umm Qays alors que le mec de l’hôtel nous a dit 2 h de route. Donc 2 h de route à la jordanienne, aucune limite de vitesse, en doublant dans des virages de montagne, en décollant sur les ralentisseurs, ouais, ça devrait le faire.

Umm Qays est situé tout au nord, à la frontière Syrienne. On s’est renseignée :  apparemment, en ce moment, c’est possible d’y aller, la situation est plus calme. Parfait pour nous.

La route serpente à nouveau au milieu de collines d’oliviers, ça monte, ça descend, ça tournicote, le soleil s’est levé il y a peu. Du coup, on croise des dizaines d’enfants qui marchent sur le bord de la route, dans les villages, pour aller à l’école. Il y a les petites filles toutes voilées et les petits garçons qui marchent en groupes distincts. Quand on ralentit dans les centre villes, certains nous font coucou en agitant leurs mains. Mignonneries puissance 10 !!!!

Le paysage change, on débouche au milieu de champs de blé, ondulant sous le vent. Dommage qu’il faille avancer, on s’arrêterait bien toutes les 30 secondes faire des photos.

On se perd à nouveau parce que le GPS a été imprécis et dans un village, à nouveau on tourne en rond. On débouche en plein marché, les gens nous regardent en rigolant. En repartant sur nos pas, cette fois il indique une petite route, difficile d’imaginer qu’elle va déboucher sur quelque chose. Mais bon, aller au pire on repartira dans l’autre sens…

Là, le paysage change à nouveau, la “route-chemin” commence à grimper sacrément, les virages en lacets s’enchaînent. Ça monte raide, la voiture peine.

 Et puis finalement, ça y est le panneau le dit. On a fait tellement bonne route que lorsqu’on se gare, les vendeurs de souvenirs commencent à peine à déballer leur stand.

A 8 h, notre Jordan Pass est déjà tamponné, on descend les quelques marches et on se lance au milieu des ruines, recouvertes de fleurs sauvages. On y est cette fois.

Au loin on entend les bruits des marteaux et des burins des employés qui cognent sur les pierres.

On commence par le théâtre ouest, on se croirait remontées dans le temps.
La pierre est noire, les gradins remplis de spectateurs, et on débouche devant la scène, éblouies.

On grimpe au sommet, on ressort par l’arrière et on débouche les yeux brillants sur la terrasse à colonnades noires.

On s’approche au bord de la terrasse et là, d’en haut, perchées sur la crête de cette colline, il y a LA vue. Celle qui nous découvre la vallée du Jourdain, le lac de Tibériade. Le pouvoir de ces noms ! Le guide (papier forever) nous précise que l’on a une vue sur 3 pays : Israël, la Syrie et bien sûr la Jordanie.
C’est difficile à croire. Il y a quelques jours, j’étais au milieu de la jungle guyanaise et là je suis en train de contempler un de ces endroits que je n’imaginais même pas forcément réussir à voir. C’est dingue et c’est fou !  et pourtant c’est ici, juste devant moi, à perte de vue.

On abandonne cette vue pour partir en direction de l’allée à colonnades.

On subit une attaque éclair de mouches pour être passées trop près de bouses de vaches. Elles se posent sur nous par dizaines, impossible de s’en débarrasser et pourtant pas faute de se tortiller, de gesticuler, de tournoyer sur nous-même dans tous les sens. L’ambiance est au top !

On coupe au milieu des fleurs et des herbes, au loin le mirador surplombe et surveille, petit rappel à la réalité.

Après quelques heures d’exploration des ruines, on reprend la voiture et on part en direction de Jerash, prochaine étape de ce roadtrip.

Sur la route on décide de passer par Irbid. De nouveau on se perd dans la ville. Après avoir tourné en rond pendant une vingtaine de minutes, découvert le centre ville, avoir été coincées dans un embouteillage on finit par retrouver le bon chemin par hasard.

Et c’est reparti !

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