Jordanie #3

Jordanie #3

JERASH

On arrive à Jerash affamées et un peu claquées. Après avoir arpenté chaque recoin d’Umm Qays au plein soleil pendant plusieurs heures, on ne rêve plus que de se poser à l’ombre en buvant un truc froid pour se rafraîchir. Le petit restaurant qu’on trouve est quasiment vide. On prend le traditionnel buffet avec salades / plats locaux, au moins il y a des légumes, plutôt sympa. Enfin, on n’a pas vraiment le choix puisqu’il n’y a en fait rien d’autre, d’après le serveur tout heureux de placer quelques mots de français dans la discussion.

En fin de repas, le patron du resto nous fait découvrir les fèves, à manger crues : étonnant mais pas mauvais. Comme l’impression de manger des petits pois crus.

Après cette pause réparatrice, le canotier vissé sur la tête, parées, on est prêtes à se lancer dans les ruines de Jerash.

L’entrée se fait par un hall qui abrite de nombreux marchands de souvenirs et tout de suite l’ambiance est différente, beaucoup plus de monde. Jusqu’à présent, on était seules à Ajloun, Umm Qays, les Qasr ; là, il va falloir partager, finies les photos parfaites sans personne dessus.

On débouche sur le site : la première vue est pour l’arc d’Hadrien, un wow d’émerveillement. Malgré les avertissements du guide (papier), voir en vrai ce qu’on a lu est toujours différent. Et là, vraiment, ça valait le coup, cette étape à Jerash. Ca commence bien!

On poursuit en longeant le cirque. On monte dans les gradins pour surplomber l’arène : les chars sont là à tourner en rond, enfin du moins à travers mes yeux.

On passe sous une nouvelle arche, on fait tamponner notre Jordan Pass.  Au loin, le drapeau Jordanien flotte au vent. On rase les murs,  on n’est qu’en avril mais le soleil tape déjà fort.

Et puis on débouche sur le forum, la sensation est dingue, la place est immense : recouverte de pavés, entourée de colonne. C’est le plus grand forum du monde antique. Là, les souvenirs des cours de latin reviennent et j’imaginerais presque les gens en toges se balader au milieu.

On poursuit en grimpant la colline, vers le théâtre.

On entre par la porte du côté et on débouche sur la scène aux sons des cornemuses. Le décalage est total, l’impression merveilleuse et étonnante.

On décide de prendre un peu de hauteur et d’escalader les gradins jusqu’en haut. On monte les marches aux sons du tambour et de la cornemuse. Marche après marche, au milieu des 3000 personnes qu’il y aurait pu avoir à l’époque.

Le vent souffle tellement fort qu’il nous pousse en avant, les pieds au bord du vide. La vue d’en haut est dingue. Il y a les collines recouvertes des ruines, le regard porte d’un bout à l’autre des 2 arches qui délimitent le site. Le battement régulier du tambour, la cornemuse, je tend les bras, instable, ma chemise claque au vent, je pourrais m’envoler …

On redescend la colline vers le temple de Zeus, la vue est toujours folle. Il y a les ruines et la ville moderne qui se dresse derrière, escarpée sur les jabal.

On déambule au milieu des colonnes en ayant l’impression d’être minuscules.

On repart en direction du temple d’Athéna. Le chemin serpente au milieu des herbes. Il y a des sentiers pour les fins d’après-midi, quand les ruines redeviennent des pâturages pour les bergers et que les touristes ont quitté les lieux…

Le sentier serpente entre ce qui a été une fontaine, une église, la vue est toujours plus belle même en regardant en arrière.

Les rangées de colonnes séparent la ville nouvelle de ce qu’elle était avant. Déambuler au milieu de toutes ces pierres, c’est à la fois fascinant et impressionnant.

On décide de couper à travers les herbes et de quitter le sentier, attirées par une arche décorée. S’écarter du sentier, se perdre parmi les herbes qui piquent et les coquelicots en fleurs, passer sous une arche prête à s’effondrer,…  La sensation d’être une exploratrice à la découverte de ruines et de trésors cachés au détour d’une pierre.

Les volées d’escaliers nous font atterrir en plein milieu du cardo maximus, le nymphée se dresse un peu plus loin. C’est juste une fontaine mais je reste en extase devant. Chaque partie travaillée, décorée. Le souffle coupé, les yeux tournés vers le ciel à détailler chaque pierre de haut en bas. Je m’assois sur le bord de la fontaine, les pieds dans le vide, la pierre tellement polie par les litres d’eau qui s’y sont déversés, juste pour profiter d’un instant d’ombre et de “fraîcheur” (toute relative).

Le soleil commence à décliner, les pierres changent délicatement de couleur. Elle se fondent dans des teintes plus chaudes.

Les pierres reflètent une lumière qui change à chaque instant, difficile de savoir où donner de la tête.
Notre promenade ne suit aucune logique, on remonte à nouveau un escalier qui faisait 200mètres de long à l’époque. On débouche sur l’esplanade ou se dressait le temple d’Athéna.
Le chemin nous amène au second théâtre, où on découvre un sol dallé et coloré. Cette nouvelle pause à l’ombre et en plein vent au sommet des gradins nous blanchit le fond de culotte.

Puis il y a la dernière arche, ouverte au 4 vents. La dernière rangée de colonnes parfaitement rectilignes libère la vue sur Jerash. La plupart des gens ne viennent même pas jusqu’ici, on est presque seules. Les pavés sont mangés par des herbes folles qui essayent de sortir de toute part. Les chevilles se tordent un peu mais pour ce genre de vue cela ne vaut-il pas le coup …?

Les heures de vagabondages dans les ruines passent vite, il faut déjà repartir vers la voiture. Reprendre la route direction Madaba, notre prochaine étape.
Dernier passage sur le cardo… dernier regard vers les ruines, dernière impression d’être dans Lapiuta, d’avoir redécouvert un monde perdu, d’avoir imaginé tout ça.

 

 

 MADABA 

La route qui rejoint Madaba nous fait déjà passer en périphérie d’Amman. La circulation est dense, on manque de louper notre sortie (comme d’hab), du coup on se retrouve à faire des tours et des demi tours sur une bretelle qui tournicote. Cette fois on est sur le bon chemin, enfin, on file, la route est bonne, les cyprès s’alignent au bord. Le paysage a encore changé. On évite un contrôle routier, le policier en nous apercevant change finalement d’avis et nous fait de grands signes de repartir, de ne pas s’arrêter : parfait.

L’hôtel réservé est cette fois une bonne surprise, la chambre est douillette et sympa, elle nous rappelle celles d’Ouzbékistan. On ressort à la recherche d’un supermarché pour pouvoir manger ce soir. On tombe dans une épicerie, un peu vide tenue par une dame qui nous regarde toute étonnée. C’est le retour des gestes, des mimes et des hochements de tête pour faire comprendre combien on veut de cacahuètes, de pistaches,… ça faisait longtemps, c’est chouette et drôle. On repart avec nos indomie dans le sac, ce qui fera bien rire le mec de l’accueil à l’hôtel quand il nous voit nous ramener avec et demander de l’eau chaude. (“Oh vous mangez ça ?” “haha oui le repas des voyageurs fauchés”).

Le lendemain on part visiter le lieu qui est à lui seul la raison de notre étape : la carte de la Terre Sainte dans l’église St Georges. Après avoir tourné en voiture autour au moins trois fois, à la recherche d’une place de stationnement, on se rend enfin compte qu’on est déjà passées devant sans s’en apercevoir (les boulets !).

On laisse la voiture, on part à pied, cette fois on y est.

On débarque finalement dans l’église, gardée par des militaires à l’entrée. On découvre alors la fameuse carte :

C’est un peu la déception pour ma part. Je ne sais pas pourquoi mais je m’imaginais ça plus grand, plus imposant et en fait ça ne correspond pas. Après avoir lu dans les guides que cette carte à elle seule valait de faire le détour à Madaba, je m’attendais à quelque chose d’un peu fou, surtout quand on me l’avait “vendue” comme la seule et unique carte géante de la terre sainte.

On poursuit ensuite vers une autre église. Des touristes français font dire une messe en français. La fraîcheur de la cour intérieure avec les rosiers surplombés de mosaïques bleues et dorées nous accueille.

Je me lance seule à l’assaut du clocher. Il faut slalomer entre les échelles et les cordes des cloches. La vue est belle depuis le haut mais la montée un peu éreintante et dangereuse. Les coupoles dorées de la mosquée en valaient finalement le coup.

 

 

 

On quitte les églises, les cryptes, les puits de 3000 ans et les passages secrets souterrains pour déambuler et découvrir la ville. On marche dans le centre ville, en flânant, on découvre l’animation et les petites boutiques de toute sortes.

De Madaba, il y aura surtout eu les rencontres et les pâtisseries. Sur des plateaux immenses, débordants de couleurs et de miel. Des biscuits et de la politique. Des débuts de conversation, des “welcome” lancés sur notre chemin. Des regards curieux, des sourires et puis :

  • Après avoir déambulé dans la vieille ville, tendu le nez entre des portes entre-ouvertes, découvert des boutiques figées dans le temps, on débarque dans une petite épicerie. Il y a ce marchand de légumes et de fruits qui ne comprend pas trop pourquoi on a atterri  dans son magasin. Une jeune jordanienne qui nous fait la conversation en arabe en rigolant et qui poursuit quand même, tout en sachant qu’on ne comprend rien. Mais elle a l’air tellement contente de ce qu’elle dit, alors on laisse faire et on écoute. Ces quelques mots d’anglais sont pour nous dire son nom. Elle choisit pour nous les pièces de monnaie qu’on a vidées dans notre main car l’annonce du prix a été un grand mystère. Elle les prend en comptant, en expliquant pour chacune d’entre elles, les donnent ensuite au marchand, mais ça ne change rien, alors on rigole, on sourit, on dit des grands merci et on repart avec nos tomates et nos pêches. Quoi faire d’autre sinon sourire et rire ensemble ! L’épicier qui regarde ça et nous sourit de toute ses dents en or, timide…
  • les emplettes dans une pâtisserie avec les yeux plein d’étoiles à la vue de ces montagnes de gâteaux.

Leave a Reply

%d bloggers like this: